CONTEXTE HISTORIQUE VU PAR LES HOMMES DE L’ARMÉE FRANCO-ESPAGNOLE

 

C'est le Marquis de Saint Simon qui nous apporte la plus riche description des lieux.

Grace à ses écrits, on peut se faire une bonne idée des fameux tourniquets du Lauzet ;

Le marquis de St-Simon nous explique : 

« On ne saurait imaginer de route plus affreuse que celle des Tourniquets. C’est un sentier taillé dans le roc vif, en forme de vis, qui s’élève au-dessus du précipice de l’Ubaye. Là, le soldat, chargé de ses armes et de son sac, ne trouve pour appui qu'une pierre chancelante. 

L’armée était suivie par 12000 à 15000 mulets, le passage de l’armée au Lauzet s’est étalé sur plusieurs jours entre le 12 et le 17 juillet 1744. Il raconte que certains soldats pris de panique devant le précipice, devaient avancer en se tenant à la queue du mulet précédent pour ne pas regarder le vide.

Le passage de l’artillerie nécessitait le démontage, les fûts des canons étaient séparés des affuts

Le "Tourniquet" n'était qu'un sentier : Ce n'était pas une route, mais une corniche taillée à flanc de roche, surplombant le torrent de l'Ubaye. Le Marquis souligne la terreur des hommes qui devaient progresser en colonne, sachant qu'un simple faux pas, ou le poids d'un chargement trop lourd, signifiait une chute mortelle.

Les pertes hors combat : Le Marquis déplore les pertes en hommes et en bêtes qu’occasionne le passage des tourniquets par l’armée. De nombreux mulets chargés de farine sont tombés dans l’Ubaye.

D’après les récits de Maximilien-Henri de Saint-Simon, les pertes humaines lors de l’attaque de la Barricade et des Tourniquets du Lauzet (18-19 juillet 1744) sont à analyser sous deux angles : le choc du combat et la rigueur du terrain.

Voici le détail des pertes tel qu’il ressort de ses écrits et des registres militaires de l’époque :


Détail des pertes lors des affrontements  aux Tourniquets :

 

  1. Un bilan relativement "léger" pour une victoire décisive

Contre toute attente, pour une position jugée imprenable, les pertes de l'armée franco-espagnole (Gallispane) ne furent pas un massacre. Saint-Simon note que l'intelligence de la manœuvre a évité une boucherie.

Côté Français (et Espagnols) : On estime les pertes à environ 150 à 200 morts et environ 400 à 500 blessés.

Côté Piémontais (Défenseurs) : Les pertes furent plus lourdes car, une fois contournés par les hauteurs, les soldats du Roi de Sardaigne ont dû battre en retraite sous le feu. On dénombre environ 300 morts et près de 600 prisonniers capturés dans les réduits de la Barricade.

  1. La cause des pertes : Le feu versus Le précipice

Saint-Simon apporte une précision intéressante sur la nature de ces pertes :

Le danger des hauteurs : Une partie des morts côté français ne vint pas des balles ennemies, mais de chutes mortelles. Dans les "Tourniquets", un faux pas sous le poids de l'équipement ou lors d'un mouvement de panique sous le feu des milices alpines signifiait une chute de plusieurs centaines de mètres.

L'artillerie : Les Piémontais avaient placé des pièces de canon balayant les zigzags du sentier. Saint-Simon décrit des scènes de désordre où un seul boulet pouvait faucher plusieurs hommes à la file, coincés sur l'étroit chemin.

  1. Le sort des blessés : Le véritable drame

Le marquis souligne dans ses correspondances l'horreur du service de santé dans de tels lieux :

L'évacuation impossible : Descendre un blessé des Tourniquets du Lauzet jusqu'à l'arrière (vers Barcelonnette) était un calvaire. Beaucoup de blessés légers succombèrent à l'infection ou à l'épuisement dû au transport à dos de mulet sur des sentiers escarpés.

Le climat : Le froid nocturne des Alpes, même en juillet, achevait ceux qui ne pouvaient être mis à l'abri rapidement.

En résumé

Pour Saint-Simon, le franchissement du Lauzet est une victoire "économique" en vies humaines si on la compare à la bataille de la Madone de l'Olmo qui suivit quelques mois plus tard, où les pertes furent décuplées. Le Lauzet reste dans ses écrits le triomphe de l'audace sur la force brute.

Anecdotes :

Discussion au bord du lac du Lauzet entre St SIMON et le Lieutenant-Général de BAISSAC après le passage des Tourniquets : « La nature à fait ici plus de défense que tous les ingénieurs du Roi ».

Les officiers de l’armée une fois arrivés à Barcelonnette comparèrent le trajet du Lauzet à un : « passage des enfers vers le Paradis »

Le nom du « Vallon des enfers » viendrait-il de la ?

En octobre 1744, l’armée franco-espagnole se retire et repasse par le Lauzet.

Au mois d’octobre1744, après l’échec du siège de Cunéo, l’armée bat en retraite dans des conditions apocalyptiques (neige, boue, faim).

Le marquis est alors gravement malade, il mentionne avoir reçu quelques secours (bouillon ou vin chaud) dans une maison du Lauzet. Il franchi les tourniquets sur un brancard avec la frayeur de la chute.

 

 

Le Marquis de Paulmy corrobore les écrits de Saint-Simon sur ce retour des armées dans une grande désolation. Il rapporte que le chemin des tourniquets était jonché de cadavres de chevaux et de mulets morts de fatigue.

Le Marquis évoque également la cohabitation franco-espagnole au Lauzet après le passage des Tourniquets.

Le Lauzet est devenu un goulot d'étranglement où les tensions diplomatiques étaient vives :

  • L'encombrement des troupes : Imaginez des milliers de soldats en uniforme blanc (Espagnols) et bleu (Français) s'entassant dans l'unique rue étroite du village. Le manque de fourrage pour les chevaux au Lauzet a forcé les Espagnols à bivouaquer dans des conditions déplorables.

* Les troupes de Charles Emmanuel étaient surnommés « BARBETS »

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