Les Tourniquets, la Bâtie du Seuil  en 1744

Durant des siècles, le Lauzet nous a été présenté comme le verrou de la vallée.

Parfois dénommé Citadelle, le village se blottit entre deux massifs rocheux, protégé d’un côté par les profondes gorges de l’Ubaye que domine le massif du château et de l’autre côté le massif en gradin de la croisette prolongé par son lac imposant.

Cette petite description aurait pu suffire à elle seule à expliquer la qualification de verrou de la vallée au Lauzet. Mais cette description ne saurait être complète, sans que l’on évoque le franchissement du pas de la tour, le passage des Tourniquets et la Bâtie du Seuil.

Mes récentes recherches historique sur le Lauzet, plus particulièrement l'étude de la guerre de Succession d'Autriche en 1744, va m'apporter un éclairage exceptionnel sur les conditions de franchissement du Pas de la Tour, le passage du chemin des Tourniquets et sa défense par la Bâtie du Seuil.

C’est donc au travers d’écrits et de récits des protagonistes de cette guerre, les hommes de Charles-Emmanuel III (Roi de Sardaigne (Savoie-Piémont) d’un côté et ceux de l’armée Franco-Espagnole de l’autre, que nous allons obtenir de nouvelles et précieuses informations concernant notre village du Lauzet-Ubaye.

 

La plus riche information, provient des écrits de Maximilien-Henri, Marquis de Saint Simon (Son livre Histoire de la guerre des alpes ou campagne de 1744, ses correspondances…) et de récits d’autres officiers de l’armée Franco-espagnoles commandée par le Prince de Conti et l’Infant Don Philippe.

Avant de vous faire partager mes découvertes, il me semble indispensable de vous faire un petit descriptif du contexte « géopolitique » de la vallée de l’Ubaye et du Lauzet en 1744.

Le contexte local :

En ce mois de juillet 1744, cela fait à peine 31ans que la signature du traité d’Utecht a rattaché la vallée de l’Ubaye et le Lauzet au Royaume de France.

Si beaucoup de personnes pensent en avoir fini avec les conséquences désastreuses des guerres, réquisitions, destructions, violences…La réalité est malheureusement tout autre et de nombreuses tensions perdurent encore.

Bien que Français sur le papier, de nombreux Ubayens sont encore fidèles à Charles-Emmanuel III, le roi de Sardaigne (Savoie-Piémont).

La guerre contre l’Angleterre déclenchée par le roi de France Louis XV au milieu du mois de mars 1744 ne va pas tardée à avoir des conséquences sur les Ubayens.

Conscient d’une attaque imminente de son royaume par les troupes Françaises, Charles-Emmanuel III, va faire infiltrer et positionner une partie de ses troupes1 dans la vallée de l’Ubaye. Ses forces ne s'implantent pas comme des occupants permanents mais comme des unités d'élite pouvant pratiquer une guerre de harcèlement et de haute altitude.

Ces troupes stationneront sur les flancs de la vallée, en pleine montagne et parfois dans certains hameaux. Cette occupation discrète des hauteurs, permet une observation à longue distance d’une éventuelle arrivée de troupes militaires et le cas échéant de pouvoir pratiquer une guerre de harcèlement.

Printemps 1744, au Seuil, aux Pauses, les « Barbets » se préparent :

En ce printemps 1744, une grande partie des troupes Sardes présentes dans la vallée se concentrent sur deux positions.

D’une part sur les hauteurs de Méolans, de d’autre part sur le secteur du Lauzet.

Les troupes Sardes prévenues de l’arrivée imminente de l’armée Française dans la vallée, occupent le secteur du hameau du Seuil, les pentes de la Bâtie et se positionnent aux Pauses afin de pouvoir contrôler et bloquer facilement l’accès des armées françaises.

Les affrontements au niveau des Tourniquets du Lauzet (ce passage étroit où la route serpente en lacets serrés au-dessus des gorges de l'Ubaye) constituent l'un des épisodes les plus périlleux de la progression du prince de Conti en juillet 1744.

Ce n'était pas une bataille rangée classique, mais une guerre d'embuscades et de positions extrêmement meurtrière.

Le roi de Sardaigne savait qu'il ne pouvait pas arrêter 40 000 hommes en plaine, mais qu'il pouvait les anéantir dans les défilés.

La défense du passage du Lauzet était conçue pour bloquer ou ralentir les troupes devant emprunter les Tourniquets. Les stratèges militaires piémontais positionnèrent des troupes sur les hauteurs des tourniquets (Bâtie du Seuil) pour éviter d’être débordés par les flancs mais aussi pour surveiller et défendre l’arrivée des troupes qui gravissaient en contrebas les tourniquets.


Les forces en présence :

 

Les troupes de Charles-Emmanuel III Roi de Sardaigne dans le bas de la vallée, se compose d’environ 10000 à 12000 hommes. Parmi les officiers les plus connus de cette armée, on trouve :

Le Baron de Leutrum, Le Brigadier de Castagnole, Le Comte de Chablais (Prince de Savoie), Le Général Pallavicini.

L’armée Franco-espagnole avec à sa tête le Prince de Conti,  est alors composée d’environ 40000 à 50000 hommes. Cependant, toute cette masse ne pouvait pas s'engager en même temps dans l'étroit goulet du Lauzet.

Pour l'attaque spécifique de la vallée (l'axe Le Lauzet - Barcelonnette - Argentera), le détachement principal comprenait :

Infanterie : Environ 20 000 hommes (soit environ 35 à 40 bataillons).

Grenadiers (Troupes de choc) : Environ 2 000 à 3 000 hommes. Ce sont eux qui ont réalisé les escalades et les contournements de la Bâtie du Seuil sous les ordres directs des officiers de pointe comme Saint-Simon.

Artillerie : Une cinquantaine de pièces, mais seulement une douzaine de canons légers de montagne ont pu être hissés au-delà du Lauzet en raison de l'étroitesse des sentiers.

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